Marchands, Poètes et Mécréants
Voulez-vous prendre pour épouses
Amazones, Saintes et Ménagères
Et jurer qu'en dépit des lois sacrées
Un jour vous échangerez les rôles
Voulez-vous prendre pour épouses
Amazones, Saintes et Ménagères
Et jurer qu'en dépit des lois sacrées
Un jour vous échangerez les rôles
*
Des femmes oui des femmes
Et ensuite et encore et avec
Ce qu'il reste de mon corps
Cette vieille cire fondue
Sculpter un souvenir d'amour
Et ensuite et encore et avec
Ce qu'il reste de mon corps
Cette vieille cire fondue
Sculpter un souvenir d'amour
*
Précis de sérendipité
Ma vie s'est laissée défaire
À la moindre embuscade
Et la volonté n'est plus pour moi
Qu'une question de consentement
Ma vie s'est laissée défaire
À la moindre embuscade
Et la volonté n'est plus pour moi
Qu'une question de consentement
*
Il faut se dire des mots creux
Réservoirs de nos essences
De mots cristaux que l'on brise
Des mots simples enfin rien
Qui ne forme une phrase
Réservoirs de nos essences
De mots cristaux que l'on brise
Des mots simples enfin rien
Qui ne forme une phrase
*
En marchant parmi les vivants
J'ai reconnu ton air engourdi
Comme si tout t'émerveillait
La rue l'amour le foutre
Tout à la fois précipité
J'ai reconnu ton air engourdi
Comme si tout t'émerveillait
La rue l'amour le foutre
Tout à la fois précipité
*
Entre toi et moi deux écrans
Étendues d'eau civilisées
Où s'en vont pêcher nos yeux
J'ai attendu que tu mordes
Mais j'ai fini par me noyer
Étendues d'eau civilisées
Où s'en vont pêcher nos yeux
J'ai attendu que tu mordes
Mais j'ai fini par me noyer
*
Un carton entrouvert et jauni
Laisse émerger l'image cornée
De nos amours indélébiles
J'ai la terreur de ces souvenirs
Que le temps n'efface pas
Laisse émerger l'image cornée
De nos amours indélébiles
J'ai la terreur de ces souvenirs
Que le temps n'efface pas
*
Je t'écris comme on jette à l'eau
Des bouts de pain calcinés
Tactique pour attirer ton clan
Et faire naître l'incendie
Dans tes froides profondeurs
Des bouts de pain calcinés
Tactique pour attirer ton clan
Et faire naître l'incendie
Dans tes froides profondeurs
*
En m'en allant crever la toile
Qui te sert de paupière
J'ai cru bon de faire bombance
Dans ces pupilles ornithoptères
Où je me vautre et m'envole
Qui te sert de paupière
J'ai cru bon de faire bombance
Dans ces pupilles ornithoptères
Où je me vautre et m'envole
*
Nous avons si tôt fait l'amour
Avec nos mains maladroites
Dans un lit froid et craquant
Je me suis fatigué mais toi
Tu as repris tes feulements
Avec nos mains maladroites
Dans un lit froid et craquant
Je me suis fatigué mais toi
Tu as repris tes feulements
*
Une fraction de ton corps
Encercle mon aire avec insistance
J'ai demandé autour de moi
La ligne droite jusqu'à ton cœur
Et l'on m'a dit de faire le tour
Encercle mon aire avec insistance
J'ai demandé autour de moi
La ligne droite jusqu'à ton cœur
Et l'on m'a dit de faire le tour
*
Comme il faut bien se réveiller
Pour avoir l'air d'un organisme
Je me croule hors de mon lit
Prends la forme d'une chaise
Et guette la chute des bipèdes
Pour avoir l'air d'un organisme
Je me croule hors de mon lit
Prends la forme d'une chaise
Et guette la chute des bipèdes
*
Je t'écris comme on jette à l'eau
Des bouts de pain calcinés
Tactique pour attirer ton clan
Et faire naître l'incendie
Dans tes froides profondeurs
*
La pièce qui manque au monde
Est un petit salon sans prétentions
Avec un lustre aux bougies fondues
Un tapis de velours et dans un coin
Un canapé pour s'effondrer
*
Maîtrisez vos chevaux mon général
Vos armées sont découpées
Dans un papier à cigarettes
Tout doucement elles brûlent
De là vient la lueur dans vos yeux
*
Des femmes oui des femmes
Et ensuite et encore et avec
Ce qu'il reste de mon corps
Cette vieille cire fondue
Sculpter un souvenir d'amour
Et ensuite et encore et avec
Ce qu'il reste de mon corps
Cette vieille cire fondue
Sculpter un souvenir d'amour
*
Il faut dire que tes caresses
Ont le goût des catastrophes
As-tu assez de m'ébouillanter
En me serrant contre tes lèvres
Ou vises-tu aussi ma petite mort
Ont le goût des catastrophes
As-tu assez de m'ébouillanter
En me serrant contre tes lèvres
Ou vises-tu aussi ma petite mort
*
Je t'ai entendue par la serrure
Faire comme si tu dormais
Sauf que tes rêves tonitruants
Sentaient la mûre et l'orage et
N’y tenant plus je suis entré
Faire comme si tu dormais
Sauf que tes rêves tonitruants
Sentaient la mûre et l'orage et
N’y tenant plus je suis entré
*
Par temps de mort il faut l’espoir
D’être mieux logé le corps en ligne
Dans une cabane tordue
La gueule plombée de vers
Et l'œil écarquillé du poète
D’être mieux logé le corps en ligne
Dans une cabane tordue
La gueule plombée de vers
Et l'œil écarquillé du poète
*
Le métier qui est le mien
N'allume aucune chandelle
Tout au plus fait clapotis
Quand je remue le brouillard
Qui stagne dans mes yeux
N'allume aucune chandelle
Tout au plus fait clapotis
Quand je remue le brouillard
Qui stagne dans mes yeux
*
Le pont et la rivière ont
Deux choses en commun
Une aversion pour les rives et
Dans mon éternel optimisme
Le goût des cabrioles
Deux choses en commun
Une aversion pour les rives et
Dans mon éternel optimisme
Le goût des cabrioles
*
Le doigt qui touche mes lèvres
A pris le goût de nos silences
Je me suis jeté dans ton rêve
Sans deviner ni comprendre
Que tu t'étais faite obsidienne
A pris le goût de nos silences
Je me suis jeté dans ton rêve
Sans deviner ni comprendre
Que tu t'étais faite obsidienne
*
Il faut se dire des mots creux
Réservoirs de nos essences
De mots cristaux que l'on brise
Des mots simples enfin rien
Qui ne forme une phrase
Réservoirs de nos essences
De mots cristaux que l'on brise
Des mots simples enfin rien
Qui ne forme une phrase
*
Entre toi et moi deux écrans
Étendues d'eau civilisées
Où s'en vont pêcher nos yeux
J'ai attendu que tu mordes
Mais j'ai fini par me noyer
Étendues d'eau civilisées
Où s'en vont pêcher nos yeux
J'ai attendu que tu mordes
Mais j'ai fini par me noyer
*
Des cris dans la rue m'ont réveillé
Les corps précipités sur le bitume
Par les fenêtres font bric et brac
D'un geste las je me rendors
J'ai une époque de retard
Les corps précipités sur le bitume
Par les fenêtres font bric et brac
D'un geste las je me rendors
J'ai une époque de retard
*
J'ai construit ma maison
Sur le bord de la falaise
Une maison de fer
De diamant et d'ivoire
La porte ouverte sur le vide
Sur le bord de la falaise
Une maison de fer
De diamant et d'ivoire
La porte ouverte sur le vide
*
Un carton entrouvert et jauni
Laisse émerger l'image cornée
De nos amours indélébiles
J'ai la terreur de ces souvenirs
Que le temps n'efface pas
Laisse émerger l'image cornée
De nos amours indélébiles
J'ai la terreur de ces souvenirs
Que le temps n'efface pas
*
Il paraît que seulement deux
Sons servent à me siffler
L'un fait un bruit de cheval
Effondré quand l'autre hélas
Étouffe entre tes lèvres soudées
Sons servent à me siffler
L'un fait un bruit de cheval
Effondré quand l'autre hélas
Étouffe entre tes lèvres soudées
*
Je t'ai connue sur un air de jazz
Battant ta peau comme un piano
Ivre et convaincu de mon erreur
Mais que savons-nous des gens
Sinon qu'alors ils vous envoûtent
Battant ta peau comme un piano
Ivre et convaincu de mon erreur
Mais que savons-nous des gens
Sinon qu'alors ils vous envoûtent
*
Marchant sur le trottoir humide
Je me suis vu là dans une flaque
Un type triste et embarrassé
Vite je regardais autour de moi
Que personne d'autre ne l'ai vu
Je me suis vu là dans une flaque
Un type triste et embarrassé
Vite je regardais autour de moi
Que personne d'autre ne l'ai vu
*
Laisse-moi dormir contre ta main
Me loger dans tes ravines silencieuses
Faire comme Ulysse à l’arrivée
Débander un à un tous mes arcs
Sans avoir fait le grand voyage
Me loger dans tes ravines silencieuses
Faire comme Ulysse à l’arrivée
Débander un à un tous mes arcs
Sans avoir fait le grand voyage
*
Si je me risque au mystère
D'un monde aux pieds cassés
C'est qu'il reste un espoir
De vivre comme les statues
Silencieux témoin des agités
D'un monde aux pieds cassés
C'est qu'il reste un espoir
De vivre comme les statues
Silencieux témoin des agités
*
J'irai voler en grande surface
Faire de la place au rayon jouet
Créer le vide qui me manque
Un espace où me loger, attendre
Que ta main vienne me choisir
Faire de la place au rayon jouet
Créer le vide qui me manque
Un espace où me loger, attendre
Que ta main vienne me choisir
*
Le miracle a eu lieu merci
Le monde est enfin amour
Misère et luxe réconciliés
Et tu me comptes à nouveau
Parmi les gens qui comptent
Le monde est enfin amour
Misère et luxe réconciliés
Et tu me comptes à nouveau
Parmi les gens qui comptent
*
Marchands, Poètes et Mécréants
Voulez-vous prendre pour épouses
Amazones, Saintes et Ménagères
Et jurer qu'en dépit des lois sacrées
Un jour vous échangerez les rôles
Voulez-vous prendre pour épouses
Amazones, Saintes et Ménagères
Et jurer qu'en dépit des lois sacrées
Un jour vous échangerez les rôles
*
Une poignée de main vigoureuse
Et une discrète tape dans le dos
Est bien tout ce qu'il me restera
De mon père et de son art
Jamais égalé de la disparition
Et une discrète tape dans le dos
Est bien tout ce qu'il me restera
De mon père et de son art
Jamais égalé de la disparition
*
Dormir à deux c'est périlleux
On s'attache et le remord
De ne plus jamais voir le jour
Prend toute la place dans le lit
Tant et si bien qu'on ne dort plus
On s'attache et le remord
De ne plus jamais voir le jour
Prend toute la place dans le lit
Tant et si bien qu'on ne dort plus
*
Je t'ai connue l'âme esquintée
Le cœur entre deux miradors
À faire l'amour et les cents pas
Et nos fugaces confidences
Ont des airs de visite au parloir
Le cœur entre deux miradors
À faire l'amour et les cents pas
Et nos fugaces confidences
Ont des airs de visite au parloir
*
Il ne faut pas me dire oui
Je suis un puits de désir
Asséché tu passeras vite
Au courtisan qui nourrit
Quand moi j'aiguise ta soif
Je suis un puits de désir
Asséché tu passeras vite
Au courtisan qui nourrit
Quand moi j'aiguise ta soif
*
Mettez deux hommes dans
Une arène et voilà un spectacle
Mettez deux hommes
Entre les fêlures de mon lit
Et le spectacle sera le même
Une arène et voilà un spectacle
Mettez deux hommes
Entre les fêlures de mon lit
Et le spectacle sera le même
*
J'ai bien essayé de rejoindre
Le grand navire des vivants
Avec mes deux bras de potier
Mes jambes grasses et lourdes
Je n'ai réussi qu'à être profond
Le grand navire des vivants
Avec mes deux bras de potier
Mes jambes grasses et lourdes
Je n'ai réussi qu'à être profond
*
S'il me faut résumer la poésie
Pour passer vite à autre chose
Je confesserais tout gêné que
C'est bien là son seul intérêt :
Perdre du temps à l'enjamber
Pour passer vite à autre chose
Je confesserais tout gêné que
C'est bien là son seul intérêt :
Perdre du temps à l'enjamber
*
Certains écrivent des romans
J'aimerais avoir cette patience
Moi je veux jouir vite et fort
Me précipiter dans un fossé
Et devenir un bâtard de pissenlit
J'aimerais avoir cette patience
Moi je veux jouir vite et fort
Me précipiter dans un fossé
Et devenir un bâtard de pissenlit
*
Cette manie de faire le gentil
Me vaut des amis tous chauds
Belle banquise où ils déambulent
Certains parfois fondent à l'eau
Bien plus inquiétant sera l'été
Me vaut des amis tous chauds
Belle banquise où ils déambulent
Certains parfois fondent à l'eau
Bien plus inquiétant sera l'été
*
Le bien que nous nous faisons
Coûte chaque jour un peu plus
C'est l'inflation disent certains
Sans être économiste en vérité
Les cœurs ne font que rétrécir
Coûte chaque jour un peu plus
C'est l'inflation disent certains
Sans être économiste en vérité
Les cœurs ne font que rétrécir
*
Dans la publicité en vérité
Plus bavarde que mon voisin
Le monde est vraiment beau
Fait de plastique et viscères
Enfin c'est le monde à venir
*
On est quoi du reste moi et toi
Dans les néons qui palpitent
Un banale affaire de mosquitos
Complètement fous amoureux
Parce que nos ailes ont grillé
Dans les néons qui palpitent
Un banale affaire de mosquitos
Complètement fous amoureux
Parce que nos ailes ont grillé
*
Réunis dans une pièce ils dorment
Les uns sur les autres et paisibles
Rien n'atteint cette muraille de chair
Autorité d'amitié à peine troublée
Par la pluie qui fait fondre le toit
Les uns sur les autres et paisibles
Rien n'atteint cette muraille de chair
Autorité d'amitié à peine troublée
Par la pluie qui fait fondre le toit
*
Prenez une maison au hasard
Là dans la rue qui part de côté
Par la fenêtre un couple à table
Dine sans rien dire et les passants
Passent sur la pointe des pieds
Là dans la rue qui part de côté
Par la fenêtre un couple à table
Dine sans rien dire et les passants
Passent sur la pointe des pieds
*
Entre nous je n'ai rien contre lui
C'est un homme assez semblable
À celui que je fus un temps
À la petite différence près
Qu'il ne s'agit pas de moi
C'est un homme assez semblable
À celui que je fus un temps
À la petite différence près
Qu'il ne s'agit pas de moi
*
J'ai lu mon nom sur ton cahier
Un coup d'œil qui m'a coûté
La moitié de mon être mais toi
Tu as continué d'écrire
Ces mots que tu gardes enfouis
Un coup d'œil qui m'a coûté
La moitié de mon être mais toi
Tu as continué d'écrire
Ces mots que tu gardes enfouis
*
Ce qui maintenant nous unis
Ne ressemble plus aux parades
Qui jadis nous jetèrent au cou
Ce n'est qu'un arc effiloché
Dont les flèches font demi-tour
*
Tu t'es roulé dans ton ivresse
Vague à demi cassée qui s'éternise
Tu pensais arracher toutes les pages
Mais sur tes paupières a fait son nid
L'invincible oiseau de la médiocrité
*
J'ai voulu réussir comme tu m'as dit
Lever la patte et me faire aimer
Pressante fonction de l'organisme
Mais le coup d'État de ton départ
Me donne envie de tout échouer
*
Bien que contractuellement
Nous sommes liées par le cœur
Je voudrais tâter le pouls
De cette étrange humeur qui
Bat en toi continuellement
*
La ruse pour ne pas souffrir
C'est de mordre le guidon
Le vélo droit dans la descente
La ruse pour ne pas mourir
Même chose sans le vélo
*
Le pire dans un recueil de poèmes
C’est de ne rien dire de mieux
Que le blanc de la page, alors
Pardonnez-moi mon dernier vers :